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La Coupe du monde de football racontée par des acteurs de la vidéo en ligne
Streaming Crédits : Sergey Nivens/iStock/Thinkstock

La Coupe du monde de football racontée par des acteurs de la vidéo en ligne

Des chiffres et des buts
12 min

La Coupe du monde a marqué un nouveau record de trafic pour les services de vidéo. Un défi en soi pour ces plateformes en ligne, comme MyTF1 qui a opté pour un lecteur en pair-à-pair pour décharger ses serveurs. Discussion avec Molotov et Streamroot pour en prendre la mesure.

Le 15 juillet, la France a gagné la Coupe du monde à Moscou face à la Croatie, par quatre buts contre deux. Un événement majeur, marqué par une hausse nette de la retransmission en ligne.

Selon le premier réseau mondial de distribution de contenus (CDN), Akamai, en phase de poules, le pic de trafic a été de 24 Tb/s, contre 7 Tb/s pour l'ensemble du tournoi de Rio en 2014. Rien que sur cette phase, l'entreprise déclare avoir distribué 65 % plus de contenu que sur l'ensemble de la Coupe de Rio, les trois-quarts des matchs dépassant le record précédent.

Le 2 juillet, Fox Sports a réuni deux millions de spectateurs devant la rencontre entre le Brésil et le Mexique. Un nouveau record, qui bat le précédent de 1,8 million d'internautes une semaine plus tôt. Pour le même match, le groupe espagnol Telemundo a atteint à 5,5 millions d'internautes en simultané, un record pour un jour de semaine.

En France, TF1 a diffusé une partie des matchs, notamment via l'application tierce Molotov et son propre site (MyTF1). Deux modèles s'affichent ici : une diffusion unicast chez Molotov, où chaque utilisateur dispose de son propre flux en partance du service, et une diffusion aidée par un lecteur vidéo en pair-à-pair chez MyTF1, via la jeune pousse Streamroot.

200 000 inscriptions par semaine pour Molotov

Lancé en grande pompe le 11 juillet 2016, porté par Pierre Lescure, le service veut réinventer la télévision. Dans un entretien, le responsable de la communication Morgan Traisnel décrit un événement très porteur pour l'entreprise. Il nous déclare que 200 000 personnes se sont inscrites chaque semaine du tournoi, contre 100 000 habituellement. Le 19 juillet, Molotov a passé la barre des six millions d'utilisateurs.

Selon Le Monde, le service gagne 650 abonnés payants par jour en temps normal. Il est en quête d'investisseurs. Il a manqué le coche de Salto, la future plateforme anti-Netflix de France Télévisions, M6 et TF1. Le trio a refusé de reprendre le service, qui y était pourtant destiné, selon Libération. Molotov aurait réclamé 100 millions d'euros, alors que les groupes audiovisuels comptaient en dépenser 45 millions au mieux.

La Coupe est surtout une augmentation du trafic pour le service : 15 à 20 % de mieux sur la consommation hebdomadaire. Combien de spectateurs cela donne-t-il ? « Les chiffres d'audience sur Molotov ne sont jamais dévoilés » répond l'entreprise. Le trafic concret n'est pas plus connu. Précisions tout de même que Molotov diffusait la Coupe en 1080p, quand beIN Sports et TF1 ont monté des chaines en 4K Ultra HD avec des fournisseurs d'accès.

Aujourd'hui, l'intérêt de Molotov est de narrer sa croissance, mais pas de détailler son audience et son infrastructure. En dehors de ces statistiques ronflantes, Molotov livre donc peu d'informations sur son fonctionnement.

Molotov

Pas de problème selon le service

Morgan Traisnel nous renvoie vers un article de Mediakwest, qui dessine les grands contours de son architecture. L'entreprise reçoit le signal des chaines (« soit via des fournisseurs, soit par Internet ») et gère en propre sa plateforme. La livraison des contenus passe par des CDN (dont Akamai), les applications étant connectées au service via des API également gérées par l'entreprise.

Seules des tâches spécifiques, comme le codage des vidéos ou l'hébergement des moyens de protection (DRM) sont chez des tiers. La société assure que son architecture a tenu, même si elle a reçu plus de trafic qu'attendu.

La forme du trafic au fil du match dépendrait de la confrontation elle-même. Le premier match a tout de même été l'occasion d'une adaptation.

« Nous avons pu expérimenter ce que représentait une charge instantanée sur une plateforme OTT. Je crois qu'avant nous, personne n'avait fait cet exercice. Nous n'avons pas changé notre infrastructure, mais nous avons simplement optimisé notre couche logicielle. Cette agilité nous a permis [...] de diffuser la compétition sans interruption de service depuis » assure encore l'entreprise, sans plus de détails.

Des internautes s'étaient effectivement plaints de la diffusion de la première rencontre. « Nous avons toujours été en capacité de délivrer le live vidéo et contrairement à ce qu'on peut lire sur les réseaux sociaux (Twitter notamment), on ne peut pas établir de lien entre la fréquentation et la qualité vidéo sur Molotov » répond le service.

Streamroot, derrière la diffusion de MyTF1

Streamroot est bien plus bavarde. La startup était chargée de répartir la diffusion des matchs de MyTF1 entre les internautes eux-mêmes. Le fonctionnement : un internaute récupère le flux vidéo via MyTF1 et le rediffuse lui-même aux autres internautes, de préférence ceux du même fournisseur d'accès, si les conditions techniques le permettent.

Fondée en 2013, la société mise sur le protocole WebRTC pour relier les internautes, en aiguillant elle-même les internautes vers leurs pairs. Sur une ligne fibre Orange, lors de France-Danemark via le site de MyTF1, nous avions constaté cet envoi, dépassant allègrement les 20 Mb/s par moments.

StreamRoot MyTF1 ligne fibre

Sur l'ensemble de la Coupe, son infrastructure aurait géré 70 % du trafic de ses partenaires, avec un pic de trafic à 1,26 Tb/s entre internautes (19,7 millions sur tout le tournoi). Le taux d'interruption de la vidéo chez les spectateurs a baissé de 11 % en Europe et de 33 % en Amérique latine, affirme-t-elle.

Sur France-Danemark, le 26 juin, jusqu'à un demi-million d'internautes étaient connectés en simultané sur la plateforme. Elle a bien constaté une augmentation graduelle du trafic au fil des rencontres, sans « pic colossal » pour la finale, les spectateurs étant pour la plupart réunis physiquement pour voir un même flux. Ils sont tout de même restés connectés plus longtemps après le match.

StreamRoot MyTF1 France Croatie
Décompte du temps en minutes, 0 correspondant au lancement du match France-Croatie

Dans cette courbe d'audience, livrée par Streamroot, on constate que près d'un quart des internautes échangeaient encore le flux 1h30 après la fin de la rencontre. Le pic de connexions est même intervenu deux heures après le coup d'envoi.

« La Coupe du monde est bien le plus gros événement qu'on a fait jusqu'à aujourd'hui. On atteint des records tous les jours » se réjouit  Nikolay Rodionov, cofondateur et directeur des opérations de la startup. Pour des acteurs de la taille de TF1, les diffuseurs conservent le CDN de leur côté, Streamroot ne fournissant que sa fonction de répartition de charge via le lecteur web. « Vu que notre plateforme ne fait qu'échanger de la métadonnée, on n'a pas forcément de gros besoins en infrastructures » estime-t-il.

Streamroot, de la VOD pour contenus chauds

La startup est pour le moment centrée sur le web, avec des clients dans plusieurs pays. En France, Canal+ et TF1 comptent parmi ses clients. La filiale de Bouygues l'utilise à la fois sur des flux en direct et la vidéo à la demande (VOD). Malgré les apparences, la technique serait adaptée à ces services, qui représenteraient 50 % du trafic de la plateforme.

« Sur la VOD, on a paradoxalement une meilleure efficacité que sur le live, si beaucoup de gens regardent la même vidéo au même moment » promet Nikolay Rodionov. Streamroot se cantonne tout de même aux contenus populaires, comme du replay d'émissions TV connues, par exemple les dernières séries ou les derniers films.

La priorité va d'ailleurs à la qualité : le flux bascule sur l'infrastructure classique du diffuseur en cas de défaillance ou de qualité insuffisante ou de latence trop importante sur certains segments. Pas question de saturer les ressources d'un utilisateur (processeur ou réseau).

Du projet d'étudiants à l'activité internationale

La société est née d'un projet de recherche de trois élèves ingénieurs de l'École centrale de Paris. Le point de départ était sans surprise le coût des CDN pour les diffuseurs, qui s'appuient lourdement dessus. WebRTC était encore une technologie balbutiante à l'époque. Elle a tout de même un avantage : c'est un protocole ouvert et intégré aux navigateurs, qui évite bien des contraintes.

« On est allés voir quelques grandes chaines et grandes entreprises en France, comme TF1, Canal+ et Dailymotion, et ça les intéressait. On a lancé Streamroot très vite après ça » nous conte le cofondateur. Ces débuts n'ont pas été simples : « À l'époque, on n'avait pas idée de la complexité du monde de la vidéo, ni de ceux de la livraison de contenus ». De quoi générer de nombreuses discussions.

Sur son site, Streamroot met en avant sa large compatibilité avec les principaux outils d'encodage, les CDN et les techniques de protection (DRM) du marché. WideVine, PlayReady de Microsoft et FairPlay d'Apple sont listés. « On est compatible avec tous les DRM, tous les jetons, la géolocalisation, la géorestriction... », soit les fonctions nécessaires aux diffuseurs professionnels, nous déclare l'entreprise.

Après cinq ans d'activité, elle n'est pas encore rentable. Elle a récolté six millions d'euros via deux levées de fonds, auprès notamment de Partech Ventures, Techstars ventures (programme d'accélération en 2014 à Boston) « et d'autres fonds de la côte est américaine ». La société compte trente employés, vingt-cinq en France et cinq aux États-Unis.

Le développement international est au centre de sa stratégie, avec des clients en Amérique latine, en Asie et dans d'autres pays européens. Elle espère bientôt être rentable, sans livrer plus de chiffres.

En cours de route, elle a dû concevoir son propre réseau de distribution (CDN), un coût imprévu au départ. Il est destiné à de plus petits clients qu'un TF1, qui veulent une solution tout-en-un.

Streamroot pense s'étendre aux mises à jour logicielles

La société pense étendre sa technologie à la diffusion radio et voit « un très grand potentiel pour la mise à jour de jeux et de logiciels ». Nikolay Rodionov déclare parler avec de grands acteurs de ces domaines pour un produit dédié aux mises à jour logicielles. « On connait bien Akamai à force. On discute de partenariats possibles sur ce genre de choses. »

La jeune pousse se voit en futur acteur incontournable de la distribution, en plus des CDN. Elle veut étendre ses produits à d'autres technologies, comme l'aiguillage entre plusieurs CDN. Une approche similaire à celle de Cedexis, qui reposerait sur une technologie différente avec une analyse plus locale, promet Streamroot.

La latence, l'éléphant dans la pièce

Impossible de parler de la diffusion en ligne sans évoquer le retard sur les réseaux hertziens. « On n'y peut rien. La diffusion numérique n'est pour le moment pas aussi réactive que la TNT » répond Molotov. Tous les acteurs admettent au moins quelques secondes de retard, du fait de l'encodage vidéo (avec HLS et Dash). Un temps incompressible, qui est pourtant bien supérieur selon l'un des principaux groupes télé mondiaux.

« La latence habituelle pour le streaming en ligne est contenu entre 30 et 90 secondes, selon le terminal », selon le blog des équipes techniques de la BBC. Pour le groupe britannique, des techniques de vidéo en ligne à basse latence existent bien, mais elles ne sont conçues que pour un nombre réduit de spectateurs... ou demandent un matériel propriétaire, toujours au prix de la résilience et de la qualité vidéo.

La latence est l'un des grands défis de Streamroot et de son architecture peer-to-peer. L'entreprise affirme ne pas en ajouter face à un CDN, via une technique brevetée.

Passant par des CDN tiers, Molotov ne serait pas en contact direct avec les opérateurs, au contraire de Streamroot. Elle nous déclare parler aux équipes techniques des opérateurs, pour s'adapter à leurs réseaux et veiller à ce que le trafic P2P en sorte le moins possible.

Pour Nikolay Rodionov, « le trafic vidéo risque d'exploser sur les dix prochaines années.  On voit les limites de la diffusion unicast, déjà aujourd'hui, avec certains diffuseurs (pas qu'en France) qui ont du mal à diffuser des événements aussi gros et aussi les CDN qui cherchent des solutions complémentaires. Ils se rendent compte que l'infrastructure actuelle n'est pas conçue pour une telle bande passante ».

Le multicast, une solution ?

En télévision par Internet, le multicast se pose en alternative à l'unicast et au P2P : pour un flux vidéo (comme celui d'une chaine de télévision), un seul signal est envoyé sur le réseau. Il est éclaté au plus proche des spectateurs. Cette technique permet d'avoir un unique flux pour un grand nombre d'internautes sur la majeure partie du chemin, chacun recevant son flux personnel au dernier moment.

La technique est largement utilisée par les chaines diffusées sur les box de fournisseurs d'accès. Ils réservent une partie de la connexion Internet à ce service spécialisé, qui est séparé du flux principal. C'est cette séparation qui permettrait au multicast de fonctionner correctement, et donc d'économiser sur la bande passante.

Selon nos informations, Orange aurait connu un pic de trafic d'environ 1 Tb/s sur le match France-Danemark, face à la semaine précédente, avec l'explosion des services en ligne.

Le multicast intéresserait-t-il ces plateformes, si les opérateurs leur en ouvraient les portes ? Pour nos interlocuteurs, l'idée est alléchante mais complexe à mettre en œuvre.

 « Le multicast est très difficile sur les réseaux qui ne sont pas « managés », sur Internet. Il faut avoir des routeurs et des réseaux adaptés à ça. Le peer-to-peer permet d'avoir du multicast simulé sur ce genre de réseau. Mais si on peut trouver des solutions pour du multicast sur internet ouvert, ce serait aussi une très bonne voie », pense Streamroot.

Pour sa part, Molotov nous a simplement affirmé que le multicast est envisageable si les clients le demandent. Contactés, Bouygues Telecom, Free et SFR n'ont pas répondu à nos sollicitations. Orange a refusé de livrer des détails sur le sujet. TF1 n'a pas répondu à une série de questions par email, qu'il nous avait demandée.

Publiée le 25 juillet 2018 à 15:00


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