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Pourquoi des photos de prisons ne sont floutées ni sur Google Maps... ni sur Géoportail
Loi Crédits : Google Maps

Pourquoi des photos de prisons ne sont floutées ni sur Google Maps... ni sur Géoportail

Belloubet à la carte
4 min

Ce matin, Nicole Belloubet, la ministre de la Justice, a jugé anormal que les photos des prisons ne soient pas floutées sur Google Maps ou Earth. Seul hic, le souci se constate également sur Geoportail, un service de l’IGN cofinancé par l’État. Et ces problèmes s'expliquent réglementairement.

En quelques clics, il est finalement très simple de trouver une vue aérienne des prisons françaises sur Google Maps ou Earth. « Les prisons de Réau en Seine-et-Marne, d'où Redoine Faïd s'était évadé en hélicoptère le 1er juillet, Vendin-le-Vieil dans le Pas de Calais ou Valenciennes dans le Nord étaient ainsi visibles ce matin » commente par exemple l’AFP via le Figaro

Rien de neuf puisque ce souci est connu depuis des années. Cette situation agace néanmoins la Chancellerie. « J'ai écrit à Google pour vraiment demander qu'il y ait des mesures qui soient prises pour retirer ces établissements pénitentiaires » a martelé ce matin la Garde des Sceaux chez nos confrères de RTL. « Pour le moment, cela n’a pas été suivi d’effet » déplore-t-elle.

Faute de mieux, « je vais demander à rencontrer les personnes qui sont en charge de ces questions-là ». En attendant, elle juge qu'il « n’est pas normal que les établissements sécurisés comme des prisons se retrouvent sur Internet ». 

Toutefois, impossible de stigmatiser le seul service américain, quand un service cofinancé par l’État fait mieux…ou bien pire, à savoir l’Institut national de l’information géographique et forestière (l’IGN). Pour s'en convaincre, quelques comparaisons entre Google Maps, Bing de Microsoft et Géoportail de cet opérateur de l’État.

Les zones sensibles vues par Google Maps, Bing et Géoportail

Plongeons nous d'abord dans le sud de la France, très exactement au 239 chemin de Morgiou à Marseille, là où se situe la célèbre prison des Baumettes.  

Sur Google Maps, le floutage est de rigueur :

 baumettes

Tout comme sur Bing, de Microsoft :

baumette

Par contre, sur le site de l’IGN, l’image n’a été que très légèrement modifiée. Sans difficulté, on constate l’organisation des bâtiments :  

baumette

Les différences entre les trois gros services de photos satellitaires sont parfois bien plus béantes. À la célèbre prison de Réau en Seine-et-Marne, d’où s’est échappé Redoine Faïd, Bing est le meilleur élève, comme on peut le voir :

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Par contre, sur Google, l’image est nette, parfaite, absolument pas modifiée. C’est d'ailleurs ce qui a suscité le courroux ministériel :

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Mais sur Géoportail, qui n’a pas fait l’objet de la même attention, on retrouve une image qui n’a rien à envier au service concurrent : 

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Redoine Faïd est aujourd’hui enfermé 5, Rue Léon Droux, à Vendin-le-Vieil. Que disent les trois services  ? Sur Bing, impossible d'avoir le moindre détail, comme on le constate ci-dessous :

vendin prison

Sur Google Maps, le voile est pour ainsi dire levé : 

vendin prison

Tout comme à nouveau sur Géoportail : 

vendin prison

Et quid de la maison d'arrêt de Valenciennes, elle aussi citée par l'AFP ? Cette fois, Bing n’a pas traité cette image, dont la résolution présente la même qualité que les zones avoisinantes :

valenciennes

Chez Google, l’image est de bien meilleure qualité : 

valenciennes

Tout comme sur le Géoportail de l’IGN :

valenciennes

Le cas des centrales nuclaires

Des comparaisons peuvent être faites sur d'autres points d’intérêts tout aussi critiques. Ainsi, la centrale nucléaire EDF de Dampierre, dans le Loiret, est floutée sur Google maps, nuages compris…

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Il en est de même sur Bing :

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Sur le service Géoporatil de l’IGN, les curieux pourront cette fois trouver une photo non traitée :

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Même chose pour la centrale électrique du Tricastin, à Saint-Paul-Trois-Châteaux. Floutée sur Google Maps…

tricastin

Ou sur Bing…

tricastin

Mais non sur Geoportail :

tricastin

Comment expliquer ces problèmes ? 

Si Bing est le plus à cheval sur la sécurisation de ces images sensibles, il est donc simpliste d’accuser Google, tout en taisant le cas de Géoportail. Mais il est tout aussi injuste de taper sur ce service public puisque ces failles ont pour origine un terrain purement règlementaire.

Explications. Voilà un an, un décret du 27 octobre 2017 a fixé la liste des zones interdites à la prise de vue aérienne par appareil photographique, cinématographique « ou tout autre capteur ». 247 sites y sont soigneusement inventoriés, identifiés par leurs coordonnées polaires et les villes considérées.

liste interdite
Extrait de la liste des 247 sites protégés

Publié au Journal officiel le 31 octobre 2017, il remplace un autre arrêté de 2007, qui comprenait déjà une liste interdite mais classée « Confidentielle Défense ». Une pudeur qui ne facilitait pas vraiment le respect de ses dispositions.

Depuis seulement un an, tous les acteurs ont donc officiellement connaissance de ces zones interdites. Selon nos informations, Google en aurait déjà fait traiter une bonne partie sur les cartes achetées auprès de différents prestataires, notamment auprès de l'IGN pour la France, du moins  jusque dans les années 2010. 

Un décret non rétroactif, un traitement étalé sur trois ans

Contactée, l’IGN souligne surtout que le décret de 2017 n’est pas rétroactif.  Mieux : « Il nous faut trois ans pour couvrir tout le territoire ». Sachant que les prises de vues sont mises en ligne au fil de l’eau, toutes les images capturées depuis le décret de 2017 sont ou seront floutées, mais en attendant, celles antérieures n’ont pas encore été traitées et restent en ligne.  

Dans l’entourage du service officiel, on nous dit être prêts à faire à un effort si un nouveau décret rendait l’interdiction rétroactive, accompagné surtout de moyens suffisants pour assurer la mise à jour. Le sujet a été justement abordé au sein d'un groupe de travail où intervient... le ministère de la Justice.

Publiée le 09 octobre 2018 à 14:47


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