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Qwant fait le point sur ses services : Masq dans Maps Beta, projets pour Mail, Drive et Pay
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Qwant fait le point sur ses services : Masq dans Maps Beta, projets pour Mail, Drive et Pay

Les choses avancent
10 min

Après plusieurs mois en alpha, Qwant Maps passe en bêta. Au passage, le service de cartographie et d'itinéraires gagne l'accès à un stockage local et sécurisé permettant la personnalisation de l'usage. C'est la concrétisation du projet Masq, annoncé l'année dernière.

L'année dernière, Qwant dévoilait sa v4 et une galaxie de services à venir. Le moteur de recherche français, misant sur le respect de la vie privée pour se démarquer, tirait tous azimuts avec une roadmap qui s'est avérée... optimiste.

Fin avril, nous contactions l'équipe pour faire le point sur ce qui avait été mis en production, alors que nous avions relevé une forte activité sur le dépôt GitHub du service de synchronisation décentralisé Masq. Le bilan était alors peu reluisant, excepté pour Maps qui a été publié en alpha, et a récupéré les itinéraires plus tôt dans l'année.

Qwant Everywhere

Pour autant, la société n'est pas restée les bras croisés, multipliant les partenariats, cherchant à favoriser les « Switch to Qwant » dans les collectivités locales, services de l'État et autres grandes entreprises. On a aussi vu le moteur débarquer dans quelques navigateurs, de Brave à Opera Touch en passant par Chrome, forcé de laisser de la place à la concurrence.

Il y a désormais des smartphones Qwant chez Wiko. Outre le renforcement du partenariat avec Microsoft (nous y reviendrons), des accords ont été signés avec le CNC, la SACEMBlacknut, Mines Télécom ou encore Qobuz. Des initiatives qui prennent du temps pour une entreprise de 160 salariés (dont un peu plus de 130 ingénieurs), présente dans différentes villes de France (Ajaccio, Épinal, Nice, Paris, Rouen) et d'Europe (Berlin, Milan).

Une évolution à marche forcée qui ne se fait pas sans accrocs, forcément. Qwant doit ainsi faire avec un environnement concurrentiel des « alternatives à Google » qui se développe, des contestations de sa stratégie et de la manière dont elle communique, parfois vigoureuses. Le tout en réussissant à convaincre le grand public de changer ses habitudes.

Un défi technique, financier et humain, qui demande de faire des choix, car tout peut très vite « brûler du cash », notamment lorsqu'il s'agit de développer des éléments comme l'infrastructure.

L'ère des services et d'une plus grande ouverture

« On est souvent en retard, mais ça finit par sortir » en rigole Éric Léandri, que nous avons rencontré cette semaine à Paris à l'occasion de nouvelles annonces. Le PDG semble vouloir montrer que sa société entre dans une nouvelle phase où il faut faire prospérer l'écosystème Qwant, à travers des outils maison ou des partenariats.

Le tout en respectant l'ADN de la société, qui s'est construit progressivement : le respect de la vie privée et des données, le contrôle laissé à l'utilisateur et l'utilisation de solutions open source avec contribution.  On attend toujours que le « front » du moteur soit ainsi diffusé.

Les dépôts GitHub confirment cependant qu'il ne s'agit pas que d'une stratégie de communication. Tristan Nitot, embauché l'année dernière, est ainsi à l'aise dans ces sujets.

On note d'ailleurs un changement d'importance chez Qwant : la société veut mieux communiquer. Éric Léandri est connu pour son caractère fort et ses déclarations qui se veulent franches, même si parfois hâtives. Il est accessible et répond en général directement aux sollicitations. Un point appréciable, surtout pour les journalistes.

Mais cela ne fait pas une stratégie de communication, surtout pour une société qui commence à avoir la taille de celle de Qwant, dans un environnement où le moindre dérapage, la moindre erreur lors d'une annonce peut vous coller à la peau pour des années. La situation évolue donc progressivement.

« On a souvent lancé des projets où les choses se réglaient à la dernière seconde » nous confie le patron, qui dit vouloir un peu plus anticiper désormais. Qwant est maintenant suivi par une agence de communication pour gérer ses relations avec les journalistes. Léandri dispose même de son propre compte Twitter « officiel ».

Ce dernier alterne entre propos officiels policés et discours plus directs, par exemple lorsque la stratégie de Qwant Junior est contestée. Aux Web2Day de Nantes, Léandri est d'ailleurs revenu sur le sujet, évoquant une solution unique mais perfectible, permettant de filtrer le contenu pour les enfants, déjà massivement utilisé dans les académies françaises. Mais il rencontre les mêmes soucis de « mots-clés » que tout dispositif de contrôle parental.

Un blog technique pour mieux communiquer 

Qwant insiste également de plus en plus sur son ouverture, qui ne repose pas que sur l'utilisation et le développement de logiciels libres. Mais aussi sur une plus grande transparence de ses actions et l'accès aux équipes.

Les ingénieurs de la société répondent ainsi directement à nos questions sur des aspects techniques, comme le chiffrement de Masq (nous y reviendrons). Il faut dire que le cas du partenariat avec Microsoft a montré qu'à vouloir faire trop vite et trop grand public, la machine pouvait parfois se gripper.

Cette annonce avait été faite dans l'urgence de Viva Tech, oubliant d'expliquer les choix de la société, tant du point de vue stratégique que technique. Tristan Nitot (entre autres) s'est ainsi retrouvé à « faire le SAV » à travers un billet publié sur son propre blog. Une expérience que la société veut éviter.

D'autant que le « drama » était facile à anticiper, comme nous le relevions alors. Les accords avec Microsoft, pour l'utilisation partielle des résultats de Bing ou son utilisation comme régie publicitaire, sont un point de tension historique du projet. Certains reprochent au moteur français, présenté en alternative aux moteurs américains, de trop s'associer à ce géant qui n'a pas toujours montré un grand intérêt pour la vie privée.

Mais en pleine croissance de son index, Qwant n'avait guère le choix. L'extension du partenariat permettait à la société de s'assurer une place dans le navigateur Edge et d'accéder aux services d'Azure pour son indexation, la phase la plus lourde pour un moteur de recherche. D'autant que les technologies y évoluent rapidement.

À travers les serveurs de Microsoft, Qwant a ainsi accès à une puissance de calcul importante, mais ne s'arrêtant pas aux seuls processeurs. La société peut y exploiter des GPU ou des FPGA pour accélérer ses opérations. Son équipe en charge de la recherche y travaille, et il était complexe de monter en charge sur de telles solutions chez un acteur français.

Même OVH, qui propose du GPU et du FPGA depuis des années, ne pouvait répondre aux besoins de Qwant pour le moment (notamment via l'utilisation de Kubernetes). Il serait possible d'opter pour une infrastructure en propre, mais cela engagerait des millions d'euros sans garantie de pérennité. C'est la raison d'être des hébergeurs : porter le risque du financement des infrastructures.

Concernant l'aspect vie privée, il n'y a pas vraiment de sujet puisqu'il s'agit uniquement de la phase d'indexation, qui consiste à « crawler » des pages publiques pour les analyser, comprendre leurs interactions et les noter. Tout ce qui concerne l'accès de l'internaute et ses recherches reste sur l'infrastructure de Qwant. 

Mais de tout ça, il n'a pas été question dans le maigre plan de communication préparé. Ce qui explique sans doute l'arrivée du nouveau blog il y a quelques jours : Better Web. Il doit mieux couvrir les choix techniques et stratégiques de Qwant, entre autres petits guides liés au respect de la vie privée.

Qwant Better Web Blog

Masq est là : la bêta de Maps sera la première à en profiter

Concernant les services, la seule annonce récente n'avait pas été évoquée précédemment : Causes. Il s'agit de favoriser le financement d'associations à travers des publicités supplémentaires affichées aux utilisateurs qui le souhaitent. 

D'un point de vue plus technique, un élément attendu a fait l'objet d'un développement très actif ces derniers mois : Masq. Pour faire simple, cet espace de stockage local (IndexedDB) chiffré permet à Qwant d'assurer un certain niveau de personnalisation sans rien connaître de vos données et/ou préférences.

Il entre aujourd'hui dans une phase de test alpha, permettant à chacun de créer un profil et de l'utiliser avec le service de cartographie Maps. Il nécessite pour le moment un onglet ouvert pour que l'accès aux données soit assuré, ce dernier communiquant avec ceux des différents services de Qwant. Cette approche évoluera avec le temps.

Seule exception nous précise l'équipe : Safari (Apple), qui force pour le moment à passer par un serveur tiers de Qwant pour l'échange des données (chiffrées) entre onglets, pour des raisons de sécurité et de respect de la vie privée. 

Les possibilités de Masq dans Maps sont nombreuses : lieu de travail et domicile pour les itinéraires, lieux favoris, précédentes recherches. Tout est à la disposition de l'utilisateur sans jamais quitter son appareil. On apprécierait qu'une API permette un accès aux données par les services tiers, avec l'accord de l'utilisateur. 

Qwant Masq Maps

La protection est assurée par une « phrase de passe », salée et dérivée (PBKDF2) afin de générer une MasterKey permettant le (dé)chiffrement des données locales (AES GCM) sur 128 bits (cela peut évoluer d'ici la version finale).

Une synchronisation directe est possible, via le protocole WebRTC. Une approche « edge » qui assure à Qwant de ne pas avoir connaissance des données, tout en pouvant les exploiter. La recherche sera le service suivant à profiter de Masq lorsqu'il aura suffisamment été fiabilisé. On imagine par exemple un arrangement des résultats en fonction des préférences de l'utilisateur, stockées localement. 

La présence croissante de puces capables d'accélérer des calculs d'inférence devrait également permettre d'exploiter ces données via une petite IA locale dans différentes situations. 

Reste maintenant à habituer l'utilisateur à un tel dispositif, lui faire comprendre qu'en cas de perte de sa phrase de passe il perdra définitivement l'accès à ses données. Mais aussi l'importance de protéger l'accès à son appareil pour éviter toute fuite, par exemple à travers des extensions malveillantes.

Un programme de chasse aux bugs est également prévu. 

De son côté, Maps passe du statut alpha à bêta, de nouvelles « couches » d'informations, activables ou non, étant prévues pour arriver avec le temps, issues de partenaires comme Pages Jaunes.

Qwant Pay se prépare, un partenariat avec WeChat

Autre projet dont nous n'avions pas de nouvelles : le service de paiement. Il « avance », notamment avec Toro et Icare qui travaillent avec Qwant sur l'application, dont nous avons pu voir une préversion.

L'enjeu principal était celui des partenariats bancaires, techniques et pratiques. Des discussions sont ainsi en cours avec les banques, notamment pour exploiter le service Paylib afin de s'assurer d'un fonctionnement avec la plupart des acteurs français, ce qui ajouterait de l'intérêt à ce service qui peine à décoller, évitant à Qwant de négocier banque par banque.

Ce travail est d'autant plus important qu'il servira de base à d'autres initiatives, comme un partenariat avec WeChat et le Français Famoco pour équiper 3 000 boutiques françaises. Elles pourront ainsi accepter les paiements des touristes chinois très friands de ce mode de paiement, les vendeurs pouvant se reposer sur des acteurs locaux (notamment fiscalement). 

Qwant PayQwant PayQwant PayQwant PayQwant Pay

Et Qwant Mail, Drive ? 

Reste le cas du webmail, qui a déjà fait l'objet de nombreuses annonces, mais sur lequel nous ne savons presque rien. Une erreur que concède là aussi Léandri, qui nous assure que la solution en cours de développement devrait être dévoilée d'ici la fin de l'année, après quelques ratés dans sa conception.

L'idée ne serait d'ailleurs pas de seulement mettre en avant le service maison, mais de proposer également la création simplifiée de comptes chez des partenaires partageant les valeurs prônées par l'entreprise.

Un dispositif de stockage viendra compléter l'ensemble, un partenariat avec Cozy Cloud étant acté. Ce dernier utilise d'ailleurs la technologie de Qwant pour sa recherche. Il s'agit donc d'un accord « gagnant-gagnant » pour les deux Français. Éric Léandri ne s'est toutefois pas aventuré à nous donner de date. C'est sans doute plus prudent.

Publiée le 27 juin 2019 à 10:00


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