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Des « pagers » aux premiers smartphones
Téléphonie Crédits : marchmeena29/iStock

Des « pagers » aux premiers smartphones

Remember le « cartel des mobiles »
11 min

Si le smartphone fait désormais partie de notre quotidien, parfois dès le plus jeune âge, il a fallu des dizaines d’années pour en arriver là. Du déploiement des réseaux aux premiers appareils permettant d’échanger des messages, des débuts d’Itinéris à l’arrivée de Free Mobile et la guerre des prix, les choses ont bien changé.

Chaque décennie ou presque, la téléphonie mobile a évolué avec une nouvelle génération de réseau et donc de terminaux. Si l’arrivée de la 3G pour le grand public en 2004 a été une première révolution concernant l’usage des données et de l’Internet mobile, ce n’était pas la première tentative du genre.

Elle était d’ailleurs loin d’être parfaite, notamment au niveau des débits proposés. La technologie dite 4G est ensuite arrivée pour changer la donne à partir de 2012, alors que 2020 devrait être incontestablement l’année de la 5G, promettant de tout nouveaux usages que ce soit pour les particuliers ou les entreprises.

Mais dans cette course à l’évolution, une question se pose : quid de la couverture et de l’accès à ces nouvelles technologies par le plus grand nombre, alors que les zones blanches sont encore nombreuses ? Même si, officielle­ment, la 4G couvre 99 % de la population française – mais pas du territoire.

Le bon vieux temps des pagers et du Bi-Bop à 1 890 francs

Les moins jeunes se souviendront certainement qu’appeler en mobilité était déjà assez rare dans les années 1990. À cette époque, c’était plutôt les pagers (Tam-Tam, Tatoo et Kobby) qui faisaient en effet fureur dans les cours de récréation.

Ces petits boîtiers ne permettaient que de recevoir un message numérique ou alphanumérique suivant les modèles. Il fallait ensuite trouver une cabine ou un téléphone fixe pour rappeler son correspondant, car il n’était pas non plus possible de répondre par message. C’est un peu l’ancêtre du SMS... mais à sens unique.

Leur principal et grand concurrent de l’époque s’appelait Bi-Bop, l’ancêtre du téléphone portable commercialisé de manière expérimentale à Strasbourg en 1991, puis à Paris en 1993. Ce terminal était capable d’envoyer et de recevoir des  appels, à condition de se trouver dans la zone de couverture d’une borne qui n’opérait que sur 100 à 200 m de rayon seulement. Celles-ci étaient identifiées par un bandeau de couleurs bleu, blanc et vert.

Contrairement à la téléphonie mobile actuelle, il n’était alors pas possible de changer de cellule en cours de communication. Une limitation qui lui valut le surnom de « cabine téléphonique transportable ». Le terminal coûtait 1 890 francs à son lancement (soit un peu moins de 300 euros après une conversion bête et méchante).

Sans compter les communications. Celles-ci étaient facturées au « tarif normal » de l’époque majoré de 83 centi­mes (de franc) par minute, auxquels il fallait encore ajouter un abonnement mensuel de 54,50 francs de l’époque.

La 2G prend son envol à la fin des années 1990

Pendant ce temps, le GSM (2G) prenait de l’ampleur et a rapidement renvoyé les pagers et Bi-Bop, dont le réseau est arrêté en 1997, au placard. Initialement proposés sous la forme d’un abonnement avec les communications à payer en plus, les forfaits sont rapidement arrivés via Bouygues Telecom en 1996.

La formule de base coûtait alors 240 francs (environ 36 euros) avec 3h de communication, mais uniquement dans un rayon de 100 km autour du lieu d’appel. Au-delà, la minute était facturée 2 francs en heure pleine et 1 franc en heure creuse. Innovation commerciale de l’époque : la consultation du répondeur était gratuite et illimitée, « une première en France ».

En 1999, l’opérateur est également le premier à lancer un forfait avec des appels illimités le week-end : le fameux Millenium. SFR avait répliqué (trop ?) rapidement, ajoutant les appels illimités le soir à partir de 20h, pour 250 francs par mois. Si le succès avait été immédiat, ce n’était pas le cas pour le réseau qui était en saturation régulière à partir de 20h.

Vingt ans plus tard, les forfaits avec appels illimités toute la journée sont devenus la norme. À travers le temps, diverses tentatives se sont succédé chez les opérateurs télécom. Par exemple, Bouygues Telecom proposait des communications « gratuites » en échange de publicité pendant vos conversations, Ten Mobile permettait d’accéder à MSN et aux emails en illimité dans ses forfaits (les autres services étaient décomptés), YouTube était en illimité chez SFR/RED (soulevant de nombreuses questions sur la neutralité du Net), Prixtel (Blu) lançait un forfait 4G « gratuit » contre de la pub, etc.

Face à la croissance du secteur, l’Autorité de régulation des télécommunications (ART) est mise en place pour jouer le rôle de gendarme et de régulateur en 1997. Elle deviendra ensuite l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep) que l’on connaît aujourd’hui.

Avant la 3G : la 2,5G/2,75G, puis le WAP

La 2G connaîtra pour sa part deux évolutions avec le GPRS (General Packet Radio Service, parfois appelé 2,5G) et EDGE (Enhanced Data Rates for GSM Evolution, ou 2,75G) avec un débit jusqu’à... 384Kb/s. Avant la 3G (UMTS), le WAP permettait d’accéder à Internet, avec de nombreuses limitations.

En 2000, dans sa douzième lettre, l’ART expliquait que ce « protocole adapt[ait] l’Internet aux contraintes des téléphones mobiles via un format de contenu approprié (WML) ». La neutralité du net était bien loin. Le lancement de cette technologie par France Télécom avait été l’occasion d’un procès de la part de ses concurrents pour délit d’entrave à la concurrence.

En 2000, le tribunal de commerce rendait un jugement expliquant qu’Orange pouvait commercialiser ces téléphones mobiles, à condition que le client puisse choisir un fournisseur d’accès à Internet « moyennant quelques manœuvres simples ». Le régulateur prévoyait alors que « de nouveaux débats ne manqueront pas de survenir d’ici l’introduction de la 3G »...

Il ne pensait certainement pas si bien dire tant ils étaient nombreux sur la 3G et la 4G, et cela commence même sur la 5G.

Le (très) long chemin de l’attribution des quatre licences 3G

En 2001, pour la procédure d’attribution des licences de troisième génération mobile (3G), deux sociétés seulement déposent un dossier et obtiennent des fréquences : SFR et France Télécom. L’ART ne voit pas d’un très bon œil la présence de deux acteurs seulement, alors qu’il y avait quatre places à prendre. L’autorité lance un deuxième appel à candidatures...

Finalement, une seule licence supplémentaire sera accordée en 2002 à Bouygues Telecom qui était alors le « trublion » de ce marché. Une situation concurrentielle à trois acteurs... en apparence. Au milieu des années 2000, l’affaire du « cartel des mobiles » arrive à son terme avec plus de 500 millions d’euros d’amende pour Bouygues Telecom, Orange et SFR.

En cause, une entente entre 2000 et 2002 et des échanges d’informations stratégiques et confidentiel­les entre 1997 et 2003. Après des pourvois en appel et en cassation, l’affaire est définitivement terminée en 2012, soit sept ans après avoir débuté. Il faudra ensuite attendre 2009 pour que la procédure d’attribution de la dernière licence 3G restante soit lancée par l’Arcep, remportée cette fois-ci par la société Free Mobile.

Ce quatrième opérateur a permis de donner un véritable coup de pied dans la fourmilière avec une baisse significative de la facture moyenne des clients, mais également une augmentation importante du nombre de forfaits sans engagement, alors que la norme était encore aux smartphones au paiement étalé sur 12 à 24 mois.

Une forme de crédit (à prix fort) ne disant pas son nom, qui était aussi une manière de s’assurer la fidélité des clients sur le long terme pour limiter le « churn ». Free a lancé son forfait à 19,99 euros par mois avec les appels, SMS et MMS illimités, ainsi que 3 Go de 3G début 2012. À titre de comparaison, fin 2012 un abonnement du même acabit, mais avec 1 Go de data, était facturé 37,90 euros par mois chez B&You (Bouygues Telecom) et 39,90 euros par Sosh (Orange).

Après l’annonce de Free Mobile, le premier s’est aligné (3 Go pour 19,99 euros par mois), tandis que le second baissait son tarif de 15 euros par mois du jour au lendemain, pour arriver à 24,90 euros avec uniquement 1 Go de data.

La 3G permettait de grimper jusqu’à 1,9 Mb/s, mais elle connaîtra elle également plusieurs évolutions avec le HSPA (H), HSPA+ (H+) et DC-HSPA+ (dual carrier). Les débits grimpent alors en flèche avec respectivement des valeurs de 14,4 Mb/s, 21 Mb/s et 42 Mb/s. C’est aussi le début d’une guerre commerciale qui va s’aggraver au fil des années.

Pour bien marquer les esprits, les équipes marketing n’ont d’ailleurs pas hésité à dénigrer leurs réseaux 3G pour vanter la 4G et afficher une croissance des débits plus importante qu’elle ne l’a été en réalité.

Aura-t-on la même chose avec la 5G ? Il faudra attendre 2020 pour le savoir…

2011 pour la 4G, avec un lancement dès 2012

La 4G arrive en 2011, d’abord avec des enchères pour les fréquences de 2,6 GHz, puis celles sur les 800 MHz. Bouygues Telecom, Orange et SFR obtiennent des fréquences dans les deux bandes, Free seulement dans les 2,6 GHz.

En 2015, d’autres enchères ont été mises en place pour la bande de 700 MHz et chacun des quatre opérateurs est reparti avec un bloc de fréquence. En France, il était alors possible de grimper jusqu’à 150 Mb/s en 4G. Il n’a fallu attendre que quelques années pour que la 4G+ (ou LTE Advanced) arrive à son tour.

Il s’agit d’agréger plusieurs bandes de fréquences afin de multiplier les débits. Depuis, les opérateurs se livrent une guerre de communication à coups de centaines de Mb/s et jusqu’à 1 Gb/s, mais dans quelques villes seulement.

La 5G en ligne de mire

Désormais, les yeux sont tournés vers la 5G. Les premiers réseaux commerciaux sont attendus pour le printemps 2020 en France, tandis que les terminaux compatibles sont déjà une réalité.

Reste maintenant à découvrir leurs performances et leur autonomie. Cette fois encore, chacun essaye de tirer la couverture à soi en multipliant les expérimentations et en annonçant des débits de plusieurs dizaines de Gb/s. Rappelons que les avancées de la 5G sont également ailleurs : meilleure gestion des flux de communication, nombre d’appareils pouvant être connectés, adaptation à différents types de besoins (notamment très faible latence), etc.

Quoi qu’il en soit, la France n’est pas vraiment en avance sur le sujet. Ainsi, mi-2019, elle n’avait toujours pas lancé la procédure d’attribution des nouvelles fréquences. Si la bande des 3,5 GHz sera au cœur de la 5G, il y aura également des fréquences millimétriques à 26 GHz. Les 1,5 GHz sont par ailleurs à l’étude.

Bien évidemment, les fréquences dont disposent déjà les opérateurs (700 MHz, 800 MHz, etc.) pourront être utilisées pour la 5G. L’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes se veut néanmoins confiante et a présenté son projet d’attribution durant l’été.

Sa mécanique avec des prix fixes et des enchères a en revanche été ouvertement critiquée par Didier Casas (Bouygues Telecom) et Xavier Niel (Free). Pour résumer, les deux dirigeants s’accordent à dire que les enchères avantageraient trop Orange et SFR qui auraient de plus gros moyens pour miser, et donc de grimper jusqu’au plafond (provisoire) de 100 MHz.

Pour essayer de rassurer et/ou calmer le jeu, le régulateur a convié « plus de vingt représentants des autorités nationales de quinze États membres de l’Union européenne afin de leur présenter le projet de modalités et conditions d’attribution [...] et recueillir leurs réactions ». Une « revue par les pairs » inédite. Quoi qu’il en soit, la consultation est désormais terminée, les derniers détails fixés. La bataille des enchères ne devrait plus tarder à commencer.

Et après ?

Certains pensent déjà à la 6G, qui arrivera certainement un jour, mais probablement pas avant de très nombreuses années. Pour rappel, il aura fallu attendre dix ans entre l’attribution des fréquences 3G et 4G, puis huit ans entre la 4G et la 5G. Les paris sont donc ouverts.

Si des groupes de travail ont déjà été annoncés par des équipementiers et des opérateurs, il ne s’agit pour le moment que d’une cuisine interne. C’est le cas d’Orange, par exemple, qui nous confiait il y a quelques mois avoir commencé à réfléchir à la 6G, avant d’ajouter qu’il ne s’agit pas d’une concertation avec la 3GPP ou un autre organisme.

Il faudra certainement attendre plusieurs années pour que ce soit le cas.


Cet article a été publié dans le #1 du magazine papier de Next INpact distribué en janvier dernier. Il est rediffusé ici dans son intégralité et sans modification. Il sera accessible à tous d'ici quelques semaines, comme l'ensemble de nos contenus. D'autres suivront, puis le PDF complet. Pour soutenir cette démarche, précommandez le #2 de notre magazine.

Publiée le 07 avril 2020 à 09:00


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