Options Mon compte Next INpact
Affichage
Modifications sauvegardées
  • Smileys
  • Images
  • Commentaires par actu
  • Commentaires sous les news
  • Taille de police
Close

Vous consultez la version mobile de ce contenu.

Cliquez ici pour être redirigé vers la version complète, ou attendez 5 secondes. Fermez ce pop-up pour continuer sur la version mobile.

5
secondes
L’inventeur du Bluetooth « triste de voir toutes ces applications autour du coronavirus »
Applications Crédits : PeopleImages/iStock

L’inventeur du Bluetooth « triste de voir toutes ces applications autour du coronavirus »

Orange is the new Blue
5 min

Jaap Haartsen, l'inventeur du Bluetooth, se dit « attristé » par le « cirque médiatique » autour des applications de « contact tracing », qui ne pourront pas sérieusement mesurer le risque d'avoir été contaminé. A contrario, elles pourront peut-être préparer les modèles statistiques qui permettront de lutter contre une future épidémie.

Après avoir délibérément décidé de ne pas commenter la flambée d'applications de « contact tracing » reposant majoritairement sur le Bluetooth, Jaap Haartsen a enfin décidé de répondre aux questions du magazine néerlandais Computable. Pour lui, la portée du signal, qui varie entre un et vingt mètres dans la génération actuelle de la technologie sans fil, n'apporte pas une certitude suffisante sur la distance, et ne peut conduire qu'à des résultats peu fiables.

« Je suis triste de voir toutes ces applications autour du coronavirus. Tant par la façon qu'ont les gouvernements de s'en être saisi que par comment la société réagit. C'est un grand cirque médiatique où dix-sept millions d'experts ont été autorisés à donner leur "avis" en un week-end. Je me suis donc délibérément tenu à l'écart. C'est un puzzle compliqué », et il ne pense pas qu'on puisse développer « en quelques semaines » seulement une application vraiment utile.

Interrogé sur la pertinence du recours au Bluetooth, Haartsen confirme les limites inhérentes de la technologie : « Vous pouvez garder une trace de qui a été à portée radio grâce au Bluetooth. Mais la portée n'est pas la même chose que la distance. La portée est déterminée par la puissance d'émission, la sensibilité de réception, la distance et l'environnement (murs, obstacles, réflecteurs, etc.). Vous pouvez déduire la distance de la portée, mais ce n'est pas très précis. Au sein du Bluetooth Special Interest Group, les gens sont occupés à déterminer la distance (précision d'environ un mètre), mais ce n'est pas encore ça. Il faudra attendre encore quelques années avant que cela ne soit possible à grande échelle avec les téléphones. »

À l'appui de ses propos, il renvoie à la présentation d'un projet d'amélioration visant à atteindre une précision de 30 centimètres, et expliquant qu'« aujourd'hui, la plupart des systèmes de télémétrie par Bluetooth n'atteignent qu'une précision de 5 mètres dans des environnements difficiles ». 

Bluetooth Covid coronavirus
Crédits : IMEC

Pour pallier ce problème de précision de la mesure de proximité, les développeurs vont devoir recourir à des calculs de probabilité : « avec la détermination actuelle de la distance (portée, basée sur la force du signal), cela revient à des statistiques, avec leurs taux de "faux positifs" (à portée mais peut-être à une distance de vingt mètres, donc inoffensifs, ou à un mètre de distance, mais avec un mur entre eux) et de "faux négatifs" (à un mètre de distance, mais avec un signal radio affaibli par mon corps, et le renvoyant donc à vingt mètres). Il s'agit d'un problème statistique et vous devez l'intégrer dans l'application si vous souhaitez utiliser la version actuelle de Bluetooth ». Mais pas de quoi, estime-t-il, calculer la « probabilité » que le « cas contact » ait vraiment le virus (voir aussi notre enquête sur les limites du Bluetooth).

« La collaboration entre Google et Apple est sur la bonne voie »

Un problème que l'État avait « très vite identifié » d'après Émile Marzolf. Journaliste à Acteurs Publics, il vient de publier une enquête expliquant pourquoi la Direction interministérielle du numérique (Dinum), initialement impliquée de près dans les développements de l'appli StopCovid, a finalement été écartée du projet. Elle privilégiait en effet, et notamment, la solution « décentralisée » prônée par le projet DP-3T, celui-là même qui a inspiré le protocole de Google et Apple, comme le raconte cette enquête de CNBC.

Le Figaro vient par ailleurs de révéler qu'Orange avait été chargé des discussions avec Apple. Tout l’enjeu est d’intégrer le protocole choisi par la France (appelé ROBERT, cf notre article sur les différents projets et protocoles) à iOS, le système d’exploitation des iPhone, pour offrir un maximum d’efficacité et de sécurité à l’application de traçage. « La discussion technique est menée par Orange. Ce n’est pas conclu, mais les interlocuteurs chez Apple se montrent assez ouverts pour que cette architecture puisse être implantée sur iOS », résume Stéphane Richard, le PDG d'Orange

Une solution qui retirerait une sérieuse épine dans le pied de StopCovid. Haartsen estime en effet que « la collaboration entre Google et Apple est sur la bonne voie. Ces entreprises ont accès au système d'exploitation du téléphone mobile et peuvent donc faire des ajustements dans les couches inférieures du protocole, à un niveau qu'un développeur d'applications ordinaire ne peut pas atteindre. »

Pour lui, « même si l'application est développée en un temps record, je pense qu'il est trop tard pour qu'elle puisse être utilisée contre le Covid-19. Mais ce sera peut-être le cas pour la prochaine variante. Ensuite, le monde scientifique a également un peu plus de temps pour mener des recherches, par exemple sur les aspects statistiques, avant que l'application ne soit utilisée à grande échelle ».

Interrogé sur la résistance à l'encontre de ce type d'application, notamment du point de vue de la confidentialité, Haartsen se dit « surpris » : « Je crois en la technologie, comment elle peut améliorer nos vies. Cela pourrait également aider en cette période de crise. Quatre-vingt-dix pour cent de la population téléchargent une application comme Twitter, Facebook, Whatsapp, où ils partagent sans aucun doute leurs données privées (oui, parce que l'application est gratuite) (...). Mais s'ils doivent télécharger une application qui peut nous faire sortir de nouveau et que l'application ne peut fonctionner que si la majorité l'utilise, là par contre le monde est trop petit ».

Publiée le 30 avril 2020 à 17:43


Chargement des commentaires