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Six ans après son lancement, Qwant n’était qu’un « prototype » selon la DINUM
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Six ans après son lancement, Qwant n’était qu’un « prototype » selon la DINUM

Mais Cédric O l'a validé sans attendre sa v2
7 min

Dans son audit réalisé à l'été 2019, la Direction interministérielle du numérique (DINUM) considère que le moteur, lancé en 2013, n'était encore qu'à l'état de « prototype ». Son installation par défaut sur les terminaux de la fonction publique était conditionnée au déploiement d'une « v2 » devant être lancée fin 2019, mais qui ne l'a pas été.

Le journaliste Marc Endeweld publie dans Le Média une longue enquête consacrée aux soutiens macronistes de Qwant, qualifié de « boulet d'État » par son auteur. Il y révèle que la Direction interministérielle du numérique estimait dans son audit que le moteur de recherche « souffre de plusieurs limitations :

  • une difficulté à passer à l’échelle, notamment en termes de nombre de pages web traitées ;
  • une difficulté à gérer un rafraîchissement fréquent des pages web déjà visitées pour en capturer les modifications ;
  • une impossibilité d’utiliser l’index en temps réel pour les recherches des utilisateurs ».

Le document, qui n'a jamais été rendu public, n'est pas diffusé mais en partie révélé. En annexe, l’analyse technique des auditeurs assistés de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI), du ministère des Armées et de l’École normale supérieure « se fait à la fois plus sévère et précise » écrit notre confrère.

Il y est en effet relevé « des incohérences dans les durées de maintien en cache des différentes données, qui pourrait entraîner une situation dans laquelle les résultats de recherche sont composés quasi-exclusivement de résultats Bing depuis plusieurs mois ». Et d’y décrire un « fonctionnement par lots » qui souffre « de certaines limitations » et « qui [rend] par exemple difficile un rafraîchissement très régulier de certaines pages Web ».

Des défaillances qui rejoignent les constatations de nos propres enquêtes publiées en juillet 2019, puis avril 2020 :

En utilisant l'extension Frame by Frame (permettant une lecture image par image), on découvre dans la vidéo associée à l'article que l'audit notait également que « ce moteur de recherche est encore à l'état de prototype actuellement », et que « les premiers éléments présentés sont prometteurs mais insuffisants pour garantir le bon fonctionnement à termes » :

Qwant Média Audit DINUM
Crédits : Le Média

Il évoquait « la mise en production » d'une « nouvelle version en cours de développement », annoncée pour la fin de l'année 2019, « v2 » s'inscrivant dans le cadre d'une « refonte intégrale du moteur de Qwant ».

L'audit précisait à ce titre que « Qwant affirme que certaines ressources informatiques ont été détournées depuis mars 2019 de la production pour permettre le développement de la nouvelle version du moteur ». Ce qui pourrait, en partie, expliquer le fait que son index était alors bloqué en 2017, comme nous l'avions documenté. « Ce décommissionnement a entraîné des erreurs d'administration sur l'index qui en ont dégradé la qualité », précise l'audit.

Il n'en relevait pas moins que « les vérifications réalisées ont permis de constater que les différents éléments de la stratégie présentée par Qwant existent (le cache, l'index, l'appel à Bing, le remplissage du cache avec les précalculs) mais que leur enchainement ne correspond pas ».

De plus, « l'équipe constate que Qwant ne sait pas répondre précisément aux questions concernant l'enchainement exact des traitements et ne sait pas quantifier son niveau d'utilisation réelle de Bing en production ». Et de conclure : « elle ne peut cependant exclure un scénario dans lequel l'essentiel des réponses viendrait in fine de Bing ».

Pour autant, et « au-delà des constats réalisés sur les principaux points ci-dessus, l'équipe a constaté la présence de personnes aux compétences techniques solides aussi bien sur les infrastructures numériques (déploiement d'un cluster Kubernetes), sur les technologies de recherche, les technologies web, la sécurité... »

Qwant Média
Crédits : Le Média

Qwant s'est vu « donné l'ordre » de déménager 

Les conclusions de l'audit recommandaient en tout état de cause « de conditionner la signature de la note instaurant la généralisation de l’installation par défaut de Qwant à trois conditions : 

  1. une vérification dans les locaux de Qwant des affirmations de remise en place de l’indexeur et de la mesure de 60% de dépendance à Bing, ainsi qu’une vérification de la méthode de calcul de cette dépendance ;
  2. la transmission quotidienne à la DINSIC du taux de dépendance à Bing ;
  3. l’acceptation d’une clause de revoyure lors de la mise en place de la version 2 du moteur aux environs de janvier 2020 », accompagnée par « un nouvel audit ».

Or, cette « v2 » n'a pas été mise en production, comme notre enquête publiée début avril l'avait révélé : les résultats émanant de l'index  de Qwant dataient (et datent encore aujourd'hui) majoritairement de l'été 2019, au mieux d'octobre dernier. Et alors que Qwant, du fait du Covid-19, tourne au ralenti, entre chômage partiel et télétravail, la requête coronavirus n'a, elle, toujours pas été mise à jour depuis le 16 mars dernier, veille du confinement.

qwant coronavirus covid mars
Les blocs d'information gouvernementaux et ceux dédiés aux actualités/réseaux sociaux ne font que « patcher  » un index pas à jour

Ce qui n'a donc pas empêché le secrétaire d’État Cédric O d'annoncer, en janvier dernier, la généralisation de Qwant sur les postes informatiques de l’administration publique… sans pour autant publier l'audit dans son intégralité, comme il s'y était pourtant engagé, déplore notre confrère.

Qwant garde à ce titre toute la confiance de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC), bras financier des pouvoirs publics, détenant aujourd’hui 20% de l’entreprise, qui a investi depuis 2017 plus de 20 millions d’euros dans le projet, et qui compte réinvestir prochainement. Au Média, elle répond que « l'objectif est de capitaliser sur les fondamentaux technologiques démontrés de la société […]. Qwant doit disposer des moyens d’accélérer son déploiement dans les entreprises, notamment dans les secteurs industriels sensibles ».

Pour autant, « ce nouvel engagement de la CDC est assorti d’une véritable reprise en main de l’entreprise, qui ressemble à une mise sous tutelle ». Qwant s’est ainsi doté depuis janvier d’un « conseil de gouvernance » présidé par Antoine Troesch, directeur de l’investissement de la Banque des Territoires, l’une des directions de la CDC.

Le Média raconte à ce titre la « levée de boucliers du côté des pouvoirs publics » et même les « pressions sur la Caisse » qui avait « brandi un véritable ultimatum, en conditionnant sa nouvelle aide au départ de Léandri de la direction de la société », quand celle-ci a décidé de « débrancher » l'ex-PDG et co-fondateur de Qwant. Ce, alors que « cela faisait plusieurs mois que certains actionnaires de la start-up essayaient par tous les moyens » de le remplacer.

L'enquête, qui revient au long cours sur les nombreux soutiens dont Qwant a bénéficié de la part de proches et de soutiens d'Emmanuel Macron, révèle également que la start-up va devoir déménager de ses locaux situés dans le 16e arrondissement, juste à côté du palace parisien le Saint James (où les fondateurs de Qwant avaient leurs habitudes), loués 100 000 euros par mois. La CDC aurait en effet « donné l’ordre » à Jean-Claude Ghinozzi, son nouveau PDG venu de Microsoft, d’y mettre un terme. Le prochain déménagement serait d’ores et déjà acté.

Contacté par Le Média, le cabinet de Cédric O n'a pas donné suite à ses demandes d'explications, non plus que les cofondateurs de Qwant (et toujours actionnaires) Patrick Constant, Eric Léandri et Jean-Manuel Rozan.

Pour rappel, la nouvelle direction s'était aussi refusée à tout commentaire concernant notre dernière enquête, disant se consacrer « à améliorer encore et encore nos produits existants et les services que nous rendons aux internautes. Nous avons bien conscience qu'ils n'ont pas et ne sont pas toujours à la hauteur des attentes suscitées. La tâche est, vous vous en doutez, difficile et très prenante. Nous en sommes responsables et avons conscience du chemin à parcourir ».


Si vous voulez témoigner ou me contacter de façon sécurisée (voire anonyme), suivez ce mode d'emploi.

Publiée le 19 mai 2020 à 11:56


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