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Facebook débordé par les « dealers » de greenwashing
Reseaux Sociaux Crédits : alphaspirit/iStock

Facebook débordé par les « dealers » de greenwashing

Chasseurs de primes
14 min

Des millions d'euros ont été dépensés sur Facebook par de (très) nombreux annonceurs pour diffuser des publicités, parfois douteuses, sur le thème des économies d'énergie et autres offres « à 1 euro ». Un juteux business, destiné à acquérir les données personnelles de « prospects ». Suite à notre enquête, Facebook a banni l'un d'entre eux.

Le premier volet de notre enquête sur les publicités Facebook, révélant que 83 % des annonceurs ne respectaient pas les règles de transparence du réseau social, a fait une première victime collatérale : « Nous avons décidé de supprimer la page d'Eco-Astuce.com pour violations répétées de nos règles publicitaires et ils ne pourront plus faire de publicité sur notre plateforme à l'avenir », nous a expliqué un porte-parole de l'entreprise.

« Bien que nous disposions depuis longtemps de systèmes permettant d'identifier et de retirer de Facebook les publicités qui violent nos règles, nous continuons d’accroître nos efforts et nos investissements pour résoudre ce problème et fournir plus de transparence sur les publicités » ajoute-t-il.  

Jusqu'à la semaine passée, eco-astuce.com était, à raison de 303 290 euros dépensés dans 2 400 publicités, le quatrième plus gros annonceur de Facebook France selon sa bibliothèque publicitaire sur les annonces de nature sociale, électorale ou politique. Derrière le Parlement européen, Greenpeace France et Facebook lui-même.

Si la quasi-totalité vantaient les primes de l'État en matière d'économies d'énergie, d'autres portaient sur les frais d'obsèques, les mutuelles santé ou encore le lithium, avec une pub qualifiée d'« arnaque » par Gilles Pouzin, journaliste expert en éthique financière. Les mentions légales de son site web précisent qu'il est édité par Get Up Media Limited.

Un nom qui n'apparaît que sous la forme d'une image, probablement pour éviter qu'il ne soit référencé par les moteurs de recherche, quand bien même cela ne sert probablement à rien :

Eco-Astuce.com

En lieu et place du nom de la société, une image, sans doute pour tenter d'éviter son référencement

Bien que localisée à Londres et Barcelone, la société avait été créée – et est encore dirigée – par des Français. Elle n'est nullement spécialisée dans les économies d'énergies, mais se définit comme un « expert en marketing digital », et tout particulièrement dans l'« acquisition de nouveaux clients ». 

De fait, on lui doit non seulement votre-devis-climatisation.com, isolervoscombles.com, mon-autoconso.com, mais également regroupementdescredits.com, Masolution-credit.com, investissementscpi.com, etc. Signe supplémentaire qu'on a bien affaire à un professionnel du « marketing » plus que des « économies », l'un de ses sites web, wifi-b.com, propose d'acheter « en promo -50% » un répéteur Wi-Fi vendu 29,90€ (voire 19,90€, par lot de 3) au lieu de 49,90€, alors qu'on le trouve à partir de 5€ seulement sur AliExpress... 

Une pratique courante, nommée dropshipping, sorte de « Téléachat 2.0 » dopé aux publicités et autres influenceurs sur les réseaux sociaux, qui consiste à vendre à prix d'or un produit « tendance » payé bien moins cher à un intermédiaire chinois qui s'occupera de tout, dont l'expédition. 

facebook wifiAliexpress Wifi

31 % des principaux annonceurs font la promo d'« économies » d'énergie

Des centaines d'autres pages Facebook faisaient (ou font encore) la promo de travaux d'« Isolations Gratuite » (sic), d'« Energie gratuite », d'« Isolation 1€ », de « Panneaux Solaires 1€ », « Pompe à chaleur pour 1€ », « VMC à 1 € » et autres « Chaudiere 1 € ». Les intitulés de 58 de ces pages évoquent des travaux d'isolation, 47 les pompes à chaleur, et plus d'une centaine vantent les « aides », « primes » et autres « subventions » en matière d'économies d'énergie.

Facebook recense plus de 11 000 annonceurs ayant diffusé des publicités à caractère « social, électoral ou politique ». Nous ne les avons pas tous passés en revue, mais n'en avons pas moins constaté que la présence de ce secteur d'activité semblait disproportionnée par rapport aux autres.

Signe que le business est juteux : 15 des 53 plus gros annonceurs (28 %) ayant investi plus de 40 000 euros en publicités que Facebook estime relever d'un « enjeu social » font ainsi de la retape pour des aides ou solutions d'économies d'énergie « à 1 euro ». C'est aussi le cas de 27 des 53 pages ayant investi plus de 10 000 euros dans des publicités diffusées avec un avertissement; faute d'avoir mentionné qui les avait financées (en fluo sur la capture d'écran).

Sur leur total cumulé de 1,83 millions d'euros de publicités, celles relatives aux économies d'énergie en représentent 1,05 million d'euros, soit 57 %. 

La version consolidée (2,9 Mo), que nous avons établie à partir des données de Facebook, nous a ainsi permis de découvrir que 54 des 174 annonceurs (soit 31 %) y ayant dépensé plus de 10 000 euros de publicités « à enjeu social » faisaient la promotion de ce type d'économies d'énergie, pour un montant total cumulé de 2,06 millions d'euros.

Une disproportion d'autant plus étonnante qu'aucun d'entre eux n'est connu du grand public, que ceux que nous avons pu identifier ne sont que des TPE et PME, professionnels du « marketing digital » et non des « économies d'énergie ». Au sein de la liste des 174 principaux annonceurs, ils se trouvent ainsi au milieu de poids lourd tels que l'UNICEF, Carrefour, le gouvernement, la Région Rhône Alpes (cf l'article de Libé), Médecins du Monde, EasyJet, Engie, le Secours populaire, etc.

« Le responsable de la publication est une personne morale »

Nous avons également constaté que, et au-delà de leurs communications publicitaires agressives, nombre de ces annonceurs n'hésitaient pas à recourir à des mentions potentiellement trompeuses. 

La quasi-totalité des pages Facebook visitées se réfère ainsi ouvertement aux aides proposées par le gouvernement et le ministère de l'Écologie. Elles arborent même les logotypes du ministère de l'Environnement ou du gouvernement, certains sites allant jusqu'à comporter un « -gouv.fr » dans leurs noms de domaine.

Pour autant, nombre d'entre elles ne font mention de leurs raison sociale, de leur site web ou de leurs coordonnées, voire ne sont joignables que via Messenger, sur Facebook.

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Publiée le 23 juin 2020 à 15:55


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